Nolwen raconte: Mes années collège (1)

Lorsque nous franchîmes la porte du collège, Magalie et moi découvrîmes un monde bien différent de celui de l’école primaire: des professeurs différents, plusieurs salles de classe, des horaires décalés. On s’adapta rapidement. Tout cela nous donnait un sentiment de liberté, on se sentait grandes. On ne regrettait pas l’école, la salle de classe unique, toujours la même Maîtresse tout au long de l’année, parfois très gentille, parfois beaucoup moins… Mme Levasseur au CE1, ou encore Mme Gueguen au CE2, s’étaient révélées par exemple de vraies peaux de vaches. Leurs remarques à la sortie ou dans nos carnets nous avaient valu à Magalie et moi de bonnes fessées déculottées par nos mères, à chaque fois au moins devant la fratrie, pour l’exemple.

Avant l’entrée en 6ème, Maman et ma Tante nous avaient mises en garde sur ce changement d’univers, mais on n’enregistra pas vraiment le message, plutôt ennuyeux pour les petites demoiselles, sur les efforts personnels à fournir et la discipline que nous devrions observer. Elles spécifièrent qu’en cas de dérapage, les conséquences seraient les mêmes qu’au primaire. Néanmoins, nos p’tites cervelles de pré-ados imaginaient que nous avions passé l’âge pour la fessée, que nos mères n’étaient pas vraiment sérieuses dans leurs menaces, qu’elles emploieraient en réalité d’autres méthodes pour nous sanctionner. Au début, ce fut d’ailleurs le cas, elles se contentèrent de nous réprimander ou de nous consigner pour quelques rares mauvaises notes. Pour moi, c’était surtout le cas en Arts plastiques, matière  que j’ai toujours détestée.

Un vendredi en dernière heure, je récoltai une heure de colle de la part de ma prof de Maths pour bavardage intempestifs avec ma voisine Clémentine. Nous avions persévéré malgré deux rappels à l’ordre! Franchement, je ne me voyais pas annoncer ça à Maman…  et Clémentine non plus. Elle m’avoua à la fin du cours que sa mère était du genre stricte, et ce depuis sa plus tendre enfance. Sans le vouloir, elle me donna la solution pour le week-end :

« Tu sais Chloé, je ne vais rien dire à Maman en rentrant. Je vais attendre que le bulletin apparaisse sur le site, lundi. Comme ça, je garderai mes fesses bien au frais pendant le week-end! »

« Non, tu veux dire qu’elle te donne encore la fessée à ton âge ? »

« Ô oui, et cul-nu en plus ! Crois-moi que je ne suis pas fière quand elle baisse ma culotte devant mon p’tit frère et ma p’tite sœur. Ils reçoivent la même chose, mais eux, ce sont des bambins, alors que moi je suis grande maintenant… et je te garantis qu’elle ne lésine pas sur les claquées. Et toi ? »

Sa question me gêna. J’étais dans la même position qu’elle mais je ne voulais pas lui avouer, donc je lui cachai les corrections les plus récentes et je ne lui parlais que de ma fessée de la dernière semaine d’école. Pourtant, pendant les grandes vacances, j’en avais pris cinq, dont une très carabinée pour insolence, en présence de mes sœurs, cousin, cousine et de ma Tante :

« Bah…euh oui… pour mes sœurs ! Mais ce sont encore des gamines. Moi, je suis grande! Ma dernière fessée remonte au mois de Juin, à cause d’une bête punition. J’avais déjà mon passage en 6ème dans la poche, alors ce n’était pas grave mais la Maîtresse a prévenu Maman par téléphone et en rentrant, je m’en suis pris une bonne. »

« A cul-nu ? »

« Bah, voui bien sûr, c’est son principe. Comme elle dit: une bonne fessée, c’est déculotté, pas autrement. Mais depuis, plus rien! »

C’était un mensonge mais tout lui dire était au-dessus mes forces. La fillette de 11 ans que j’étais, plutôt jolie, brillante quand elle voulait, mais pudique, il m’était impossible d’avouer que Maman me déculottait encore très régulièrement pour mes sottises. Pourtant, dix jours auparavant, je lui avais désobéi et elle m’avait collé une bonne fessée déculottée devant mes sœurs bouches-bées. Maman avait voulu que la correction de son aînée serve d’exemple. J’en avais été mortifiée, ce qui avait rendu la punition encore plus efficace.

Sur le chemin du retour, je réfléchis à ma conversation avec Clémentine. Je pesai le pour et le contre, entre une bonne fessée le soir même ou une trempe carabinée le lundi soir. Avec le recul, j’aurai dû opter pour la première solution, en ‘acceptant’ les conséquences de mon comportement, d’autant que je savais que Maman détestait le mensonge et ne manquait jamais de le punir sévèrement. Mais je n’arrivai pas à me faire une raison. La seule idée de recevoir une fessée déculottée me fichait la même trouille que lorsque j’avais 7 ans. Alors, comme ma copine, je décidai de ne rien dire à Maman…

Une fois rentrée à la maison Maman, comme à son habitude, me demanda si ma journée s’était bien passée et consulta mon carnet de correspondance. Celui-ci ne mentionnait rien d’anormal, mais mon visage se mit à chauffer. Ma chère mère, toujours à l’affût, ne manqua pas de le remarquer:

« Ta journée s’est bien passée, ma puce ? »

« Bah…euh…euh…voui, voui, très bien, M’man. »

« Tu en es bien sûre, ma chérie ? »

Mon bafouillage avait mis son 6ème sens de mère en alerte. Mais je m’étais déjà engagée sur la pente du mensonge. Il était trop tard pour revenir en arrière.

« Oui, oui, j’te promets M’man ! »

« Très bien ma puce, je te crois. Mais ce n’est pas utile d’élever la voix, je ne suis pas sourde…»

A suivre…

2 Réponses à “Nolwen raconte: Mes années collège (1)”

  1. Anne-Sophie dit :

    Bonjour Chloé,
    Merci pour ce tendre récit, qui nous promet une suite mouvementée…
    Que de souvenirs vous nous faites remonter à la surface…
    La 6è… Tant attendue, on se croyait Grandes et nous nous sentions pousser des ailes !
    Actuellement, je suis en plein dedans avec mon pti bonhomme qui a inauguré sa 6è avec déjà 2 Colles !
    Dans votre récit, j’aime beaucoup le 6è sens de Maman Chloé, qui connaît par cœur sa choupette et qui sent bien, malgré tout, que quelque chose cloche…
    Votre petite Bretonne s’est engagé dans un terrain glissant, celui de la dissimulation… ce qui risque de lui coûter très cher…
    Hâte de voir la suite !
    Anne-Sophie

    • Chloé dit :

      Bonjour Anne-Sophie,
      Merci à vous pour ce délicieux commentaire et les compliments, même si je ne fais que transposer les écrits d’une adolescente de 17 ans.
      En effet ce cap de la 6ème, où on se croit grandes avec des ailes dans le dos, est fort juste. Sœurette et moi l’avons vécu avec Maman, sauf que comme ma nièce et ma fille, on a vite déchanté, notre chère mère nous remettant les pieds sur terre.
      Tant qu’à mon 6éme sens, il n’est que le fruit de mon propre vécu avec Maman et que j’ai acquis d’elle, comme ma sœur. Aujourd’hui en tant que mère, je l’utilise vis-à-vis de mes filles. Comme dit le proverbe « Ce n’est pas aux vieux singes, qu’on apprend à faire la grimace » Sachant déceler le moindre bafouillage ou le comportement anormal de celles-ci. Néanmoins je vous remercie.
      Sinon vous avez raison sur le fait, que ma p’tite Bretonne s’était engagée sur une pente savonneuse et sans vous dévoiler les suites, le risque pris aura un coût très élevé.
      Celles-ci viendront, vous en avez déjà une, certes de transition mais qui a son importance.

      Merci encore pour ce beau et bon commentaire, ça fait plaisir.
      Chloé

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