Fessées en mesure 9

L’avertissement de Tantine avait refait surgir toutes les émotions de la fessée. Confuse, honteuse, elle parvint à se dominer pour ne pas fuir le salon en courant. Toutefois, elle n’accorda pas un regard à Sonia, croisée au niveau de la porte, et s’élança tête baissée dans l’escalier. L’aînée ne s’en montra pas du tout surprise, devinant ce qui avait dû se passer durant la leçon. Elle rejoignit Tantine avec un sourire mi- compatissant mi- ironique. De son côté, Viviane se réfugia dans sa chambre où elle s’effondra sur son lit, pleurant sa fierté mise à mal, plus que la douleur infligée par les claques répétées d’Hélène sur ses petits globes jumeaux. Elle s’en voulait terriblement d’avoir mérité une punition dès le premier cours. Ce remords faisait monter la frustration et, de colère, elle se mit à frapper le matelas de ses petits poings. On frappa discrètement. Laure se tenait sur le seuil.

- Tu vas bien ?

Viviane prit soudain conscience qu’elle avait négligé de fermer la porte derrière elle. Elle tourna le dos à sa camarade pour lui dissimuler ses larmes.

- Oui, ça va.

- Toi, tu as reçu ta première fessée !

Le mot sonna désagréablement aux oreilles de la benjamine, aussi fut-ce d’un ton agressif qu’elle répliqua :

- Laisse-moi tranquille !

Laure haussa les épaules.

- Comme tu voudras, mais je te conseille quand même d’oublier et de vite te remettre au travail. Si Maîtresse arrive et te voit bailler aux corneilles, elle n’hésitera pas une seconde à t’en flanquer une deuxième.

L’avertissement fit frémir la fillette, qui prit garde de n’en rien montrer à son interlocutrice. Elle attendit que celle-ci se fût retirée pour s’installer derrière son piano. Elle n’avait pas encore repris le contrôle de ses émotions, aussi, lorsqu’elle souleva le couvercle, se trouva-t-elle incapable d’attaquer le moindre morceau. Sa mémoire semblait avoir disparu. Par habitude, ses doigts jouèrent la gamme de do majeur, qu’elle enchaîna avec sa relative, la gamme de fa, et ainsi de suite. « Au moins, se dit-elle, Maîtresse ne pourra pas me reprocher de travailler mes gammes et cela m’évitera d’être à nouveau punie ». Les notes coulaient. Elle s’amusa à varier les rythmes, les phrasés, et le temps passa.

Pendant ce temps, en bas, Sonia récitait brillamment sa leçon d’histoire. Elle prit l’air modeste pour recevoir les félicitations de Tantine, mais n’en eut pas moins les yeux qui pétillèrent lorsque celle-ci se pencha pour l’embrasser sur les deux joues. Elle se rengorgea et quitta fièrement le salon. Elle alla directement à la chambre de Laure, pour y trouver sa condisciple occupée à faire ses devoirs sur son bureau.

- Je suis presque sûre que le popotin de la nouvelle s’est fait réchauffer par Tantine !

La gamine leva le nez de ses papiers.

- Je sais. Je l’ai trouvée toute à l’heure dans sa chambre, en train de pleurnicher. Elle a quand même fini par écouter mes conseils et s’est mise à travailler, ce qui vaut mieux pour son matricule.

L’ombre d’une déception passa sur le visage de Sonia. Elle fronça les sourcils, en proie à une intense réflexion, avant de lancer sur le ton le plus neutre possible :

- J’ai un peu de temps devant moi. Tu ne veux pas que nous répétions notre quatre-mains ?

Un franc éclat de rire accueillit cette demande.

- Grande teigne ! Tu veux juste être à portée d’oreille au cas où Maîtresse donnerait une bonne fessée à Viviane.

La grande se tourna vers le piano et répondit, du ton le plus indifférent possible :

- Mais non voyons ! D’abord il faut que nous travaillions les passages indiqués par Maîtresse. Et si Viviane est à nouveau punie, il nous faudra aller la consoler, c’est notre devoir.

Laure fixa avec ironie le dos de sa camarade.

- Tu peux raconter toutes les histoires que tu veux, mais tu n’arriveras pas à m’avoir. Si tu crois que je n’ai pas remarqué ton air ravi, à chaque fois que je m’en prends une en ta présence. L’autre jour, quand Tantine m’a mise au coin dans le salon et que tu es arrivée pour ta leçon, tu n’as pas arrêté de regarder mes fesses, même que Tantine t’a accusée d’être dans la lune !

Sonia se mit à danser d’un pied sur l’autre, très mal à l’aise. Le sang battait à ses tempes. Elle ne savait trop quoi dire, d’autant que revenaient à son esprit les images de Laure exposant son derrière rougi dans l’angle de pénitence, provoquant un rire qu’elle étouffa dans ses mains. Ce n’était point de sa faute si la vision d’un bas du dos corrigé suffisait à la faire frémir. Choyée par ses parents, et de plus en plus à mesure que s’affirmaient ses talents de musicienne, elle avait cru que cette bizarre inclination pour les petites fesses calottées disparaîtrait le jour où elle prendrait le rôle de la victime. Mais cela ne s’était point passé ainsi. Elle guettait aujourd’hui les punitions de Laure comme autrefois celles de ses amies dans la salle de classe. Cela ne l’empêchait pas d’éprouver de l’affection pour cette dernière, ni un instinct de protection pour la nouvelle venue. Mais elle ignorait comment expliciter ces sentiments contradictoires. L’arrivée de leur Maîtresse dans la chambre de Viviane lui épargna cette épreuve. Elles se turent, prirent place derrière le clavier, et déplièrent leur partition.

Marguerite avait fait un détour par le salon avant d’aller donner sa première leçon à Viviane. Elle y retrouva une Hélène guillerette, qui rangeait son matériel en chantonnant. Elle n’eut pas besoin de l’interroger, elle lisait dans sa sœur comme dans un livre ouvert. Elle se servit une tasse de thé et remarqua :

- Tu n’as pas perdu de temps.

Hélène laissa échapper un rire cristallin avant de répondre :

- Je n’ai rien eu à faire, nous avions à peine commencé que déjà la gamine n’écoutait plus que d’une oreille distraite. Elle a raté toute la fin de sa dictée ! Pour une première fois, je me suis montrée particulièrement indulgente, je ne l’ai même pas déculottée. Mais ce n’est que partie remise. Derrière cette timidité de façade, je sens un caractère exceptionnel, mais avec beaucoup d’obstination. Nous aurons du pain sur la planche. Et ces petites fesses toutes rondes, mignonnes à croquer ! Ma main rebondissait toute seule dessus, je n’avais qu’à laisser aller mon bras. J’ai dû me faire violence pour ne pas changer d’avis et les mettre à nu ! Maguy, c’est dans ces moments-là que je mesure la chance que nous avons d’exercer notre métier.

Marguerite l’écoutait avec un sourire amusé.

- Parmi toutes les fesseuses que nous connaissons, il n’y pas de doute, c’est bien toi la plus passionnée.

- Taratata ! Je l’exprime plus librement et plus volontiers, mais nous la partageons à égalité, cette passion. Je ne serais pas surprise que Viviane termine sa première leçon de piano avec les fesses bien rouges. Tu aurais vu son regard noir lorsque je lui ai fait mon petit sermon, avant de la libérer. Elle était à deux doigts de m’envoyer une insolence. Il faut que je pense à inviter Julie pour le thé. Si elle pensait que je garde pour moi un tel sujet de choix, elle ne me le pardonnerait pas. Nous n’avons pas prévu d’audition de classe pour les semaines qui viennent, mais nous trouverons  bien quelque chose…

Laissant sa sœur à son bavardage qui n’avait d’autre destinataire qu’elle-même, Maguy reposa sa tasse et prit discrètement le chemin des escaliers.

Hélène se trompait. La leçon de piano se termina sans punition pour Viviane. Les demoiselles, qui travaillaient leur quatre-mains dans la chambre à côté, l’oreille aux aguets, en furent également pour leurs frais. Subjuguée par le charisme de la virtuose, la fillette but chacune de ses paroles et se lança avec acharnement dans le travail. Elle guettait comme autant de récompenses chaque hochement de tête approbateur de sa Maîtresse. Elle changeait d’univers, il n’était plus simplement question de notes, de respect du rythme et des nuances. Chaque détail du texte était analysé avec soin sur la partition. Elle apprenait à jouer avec tout son corps, à varier la souplesse de ses poignets, à travailler son souffle. Par ailleurs, bien décidée à ne plus subir de Tantine le châtiment humiliant, elle se contint de toute remarque désobligeante et se força à une écoute attentive durant chacun des cours.

Trois jours passèrent ainsi. Si Hélène prit avec philosophie l’absence de motif pour une nouvelle fessée, appréciant en bonne enseignante l’assiduité de sa jeune élève et sachant que le naturel finit toujours par l’emporter, il n’en alla pas de même pour Sonia. La gamine fut d’autant plus déçue de ne pouvoir assister à une danse de sa camarade que ses efforts pour jouer les aînées réconfortantes tombèrent également à l’eau. Lorsqu’elle était allée trouver Viviane pour la réconforter et la consoler, au soir du premier jour, celle-ci lui avait répondu :

- C’est très gentil à toi mais je t’assure, tout va bien. Je me suis comportée comme une idiote mais cela n’arrivera plus. J’ai déjà oublié.

Frustrée tant au niveau de ses pulsions que de ses élans empathiques, Sonia devint de plus en plus nerveuse, sans être pleinement consciente de ce qui dégradait ainsi son humeur. Chaque remarque provoquait un petit geste d’humeur, de la main ou du pied, qu’elle avait l’intelligence de dissimuler aux demoiselles de Brandon, mais dont Marie faisait les frais. Son derrière récolta bien quelques claques distribuées à la volée mais, à la vérité, la vieille servante semblait plus surprise qu’irritée par le comportement d’une enfant dont elle n’avait eu jusqu’ici qu’à louer la gentillesse et la bonne humeur. Au soir du troisième jour, alors que toutes avaient pris place pour le dîner, elle apporta l’entrée. Marguerite venait de complimenter Viviane pour les progrès accomplis sur la sonate de Haydn. Sonia examina le plat. La colère la saisit au point qu’elle renversa son verre, heureusement vide.

- Bon sang, Marie ! Combien de fois faudra-t-il te dire que je déteste les carottes râpées ?

Elle se mordit la langue, parfaitement consciente de sa grossièreté. Après un bref silence, Marguerite, glaciale, indiqua du doigt le coin. Sonia obéit mais, à peine s’était-elle levée de sa chaise qu’Hélène prit la parole :

- Laisse-donc ta robe de chambre sur le dossier, ma grande.

Elle s’exécuta et rallia dans son pyjama blanc l’angle infâme, où elle posa ses mains sur sa tête. Viviane suivait la scène, captivée, admirative devant la parfaite obéissance de sa camarade. Elle n’avait pas remarqué que Tantine s’était levée à son tour, mais poussa un cri de surprise lorsque celle-ci, parvenue au niveau de la fillette, saisit le pantalon et l’abaissa brusquement, dévoilant à l’assistance les bonnes rondeurs de Sonia. Il lui sembla que le sang circulait plus vite dans ses veines, et ses mains tremblèrent au moment de reprendre sa fourchette pour reprendre son repas. La suite promettait d’être passionnante…

A SUIVRE

3 Réponses à “Fessées en mesure 9”

  1. Chloé dit :

    Bonjour Pierre,
    Épisode de transition passionnant qui donne la part belle aux ressentis de chaque personnage, selon son rôle! J’apprécie beaucoup l’échange entre les sœurs De Brandon qui montre clairement, leur attachement à s’occuper du popotin des demoiselles indisciplinées et leur frustration, lorsque ces dernières se comportent bien!!
    Toutefois la coupure de l’épisode me contrarie un peu et je suis avide d’avoir la suite, même si je me doute qu’elle va être particulièrement chaude pour les fesses de Sonia et cela devant toute l’assistance!
    Merci et amitiés, Pierre

    • Pierre dit :

      Bonjour Chloé,
      Merci beaucoup pour ton commentaire. Je ne m’étonne pas vraiment de ta sympathie pour les demoiselles de Brandon. Concernant la coupure, il faut bien maintenir la curiosité du lecteur. Le procédé est un peu limite, je l’admets mais c’est le propre des garnements de jouer avec les nerfs de ses amies fidèles ;)
      Amitiés.
      Pierre.

      • Chloé dit :

        Bonjour Pierre,
        En effet, les demoiselles de Brandon ont toute ma sympathie, dans la manière d’exercer leur professorat! Compréhension, équilibre et rigueur pour les gamines qui n’éprouvent aucune rancœur à leur égard! Car derrière cette rigidité, il y a de l’amour et de l’admiration pour leur talents!
        En tout cas, c’est mon avis de mère et tante, qui n’hésite pas à corriger les fautes!
        Quant à la faculté du garnement de jouer avec les nerfs de ses fidèles lecteurs et amies, je n’avais aucun doute! Peut-être qu’en passant sur les genoux de Tantine ou de Maîtresse, il serait moins taquin!!!!
        Amitiés
        Chloé

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