Les deux soeurs 21

De toute évidence, en matière de correction, Mme Delattre était une experte. Elle se servait, pour asséner sa claque, de l’ensemble de son bras, dont elle veillait à conserver toute la souplesse. La main montait bien au-dessus de l’épaule, pour fuser ensuite sur sa cible dans un arc de cercle parfait. Selon les cas, elle pouvait s’écraser dans les parties les plus charnues de la petite croupe, ou bien, à l’aide d’un mouvement de poignet, gifler les zones plus sensibles, là où la mappemonde rencontre les cuisses, avant de prolonger son mouvement, comme un joueur de tennis poursuit son geste bien au-delà de l’impact avec la balle. Cette maîtrise technique ne manquait pas de produire ses effets. Les charmantes rondeurs de la demoiselle avaient déjà viré au rose avant d’avoir reçu la première douzaine. Aux sommets des deux hémisphères, la teinte avoisinait davantage celle du coquelicot. En bon bretteur qui ne tente jamais deux fois la même botte, la Maman fouetteuse variait à l’infini ses effets, souffletant juste une fois ici, calottant cinq ou six fois d’affilée là. Elle prit bien son temps pour fustiger le haut de la cuisse droite avant de faire s’abattre une véritable tempête sur le petit croissant à gauche, ne permettant jamais à la punie d’anticiper à quel endroit l’incendie allait se propager. Pourtant, celle-ci faisait tout son possible pour l’influencer, tortillant des hanches pour tâcher de soustraire les points les plus sensibles de sa jeune lune à la main maternelle. Mais ces tournoiements désordonnés étaient bien impuissants à stopper l’œuvre disciplinaire, ils ne faisaient qu’offrir un bien joli spectacle au public qui assistait à la punition. Mme Delattre se gardait de bloquer, ni même d’empêcher ces gesticulations. Elle se contentait de les contrôler d’une légère pression du bras gauche sur le dos de sa benjamine. Elle ne s’émouvait pas davantage des petites jambes qui battaient furieusement l’air, car elle avait positionné l’enfant de telle manière qu’elles ne pouvaient faire barrière entre sa dextre et le petit derrière, désormais écarlate. Tout ce remue-ménage faisait partie de la punition, tout comme le concert des « aïe », « ouille », « pardon » et autres « je l’ferai plus » que proférait en abondance la petite insolente, sans aucun bénéfice pour ses petites fesses, promises à recevoir tout ce que sa Maman avait décidé qu’elles méritaient pour châtier son comportement. La cheffe de famille claquait les rondeurs dénudées sans violence ni colère, mais également sans remord. Tout au plus pouvait-on deviner à son attitude une certaine fierté, sentant derrière tous les regards du respect et même de l’admiration.

Parmi toutes les jeunes filles, Sophie était de loin la plus emballée par l’évident savoir-faire de son hôtesse. Depuis qu’elle avait repris en main l’éducation de sa cadette, elle se flattait d’avoir acquis une grande expérience dans l’art de faire rougir les joues du bas. Cette démonstration prouvait qu’il lui restait encore beaucoup à apprendre en la matière. La leçon d’humilité n’avait rien de déplaisant. Elle suivait avec attention chaque geste et chaque réaction, prenant note dans sa tête de ce qu’il lui faudrait modifier le jour, sans doute très proche, où Élisabeth franchirait de nouveau la ligne rouge. La gamine avait d’abord contemplé bouche bée la fessée de son amie. Les sentiments les plus divers se mêlaient en elle, dans le plus complet désordre : la compassion voisinait l’amusement devant une scène si cocasse, ainsi que la grande satisfaction de ne pas jouer les premiers rôles. Toutefois, lorsqu’elle quitta un instant des yeux les fesses rougeoyantes de son amie pour se fixer sur le visage de son aînée, la crainte l’envahit. Elle connaissait suffisamment bien sa sœur, et comprenait aisément que celle-ci préparait dans son esprit la prochaine correction dont elle serait la victime. A partir de là, chaque plainte de sa camarade sonna désagréablement à ses oreilles, comme la répétition d’un spectacle dont elle ne tarderait pas à tenir la vedette. Rien de tel dans l’attitude d’Olivia, qui ne dissimulait ni le plaisir ni la gaité à la vue du popotin rubicond de sa petite sœur. Outre que dans son esprit, la môme avait parfaitement mérité cette dégelée, elle venait également compenser les dizaines de fois où la gamine avait perturbé, par ses jeux bruyants et ses cris, son travail et ses études. Quant à Justine, elle pensait d’abord qu’elle était elle-même passée très près de se retrouver dans la même posture, et louait comme un don du ciel la maladresse de sa petite sœur, qui lui valait d’attirer depuis plusieurs années déjà l’attention maternelle sur ses petites pommes, au grand bénéfice de son derrière d’adolescente.

La punition arrivait à son terme. La dernière claque s’abattit sur les rondeurs cramoisies de la petite fille qui sanglotait maintenant sans retenue, ayant abandonné toute gestuelle de protestation ou de rébellion. Sa mère la remit aussitôt sur pied et elle se lança dans une danse improvisée et frénétique, tout en poussant les hurlements d’une bête à l’agonie, ce qui n’émut nullement la matriarche.

- Ce n’est pas la peine de nous faire ton numéro de grande tragédienne, Anne-Sophie, ni d’essayer de nous faire croire que tu souffres le martyre. Tu as mal aux fesses et c’est bien fait pour toi. Cela t’apprendra à parler poliment à nos invités et à respecter ta maman. Tu vas maintenant présenter tes excuses à Sophie, avant d’aller te mettre au coin, à moins que tu veuilles repasser sur mes genoux. Ma main n’est absolument pas fatiguée. Alors, qu’en dis-tu ?

Manifestement, la perspective de recevoir une seconde dose ne tentait nullement la petite fille, qui s’empressa de demander pardon à la grande sœur de son amie, laquelle ne fit aucune difficulté pour le lui accorder. Elle alla ensuite prendre la position dans un coin de la salle à manger. Sa Maman prit bien soin de trousser à nouveau sa robe et d’en coincer le bas dans la ceinture. Sophie s’adressa à Olivia, sans quitter un instant des yeux le petit postérieur tout rouge en forme de cœur.

- Voilà une magnifique fessée ! J’en ai certes donné quelques-unes à Élisabeth mais je dois dire que je suis encore loin d’arriver à un tel résultat. Vous êtes une famille d’experts.

Olivia étouffa un petit rire.

- Ne va pas te méprendre ! J’ai moi aussi réchauffé le popotin d’Anne-Sophie, lorsqu’il m’est arrivé de la garder et qu’elle se montrait insupportable, mais je suis loin d’égaler Maman. Dans l’art de claquer les petites fesses, elle est imbattable.

Mme Delattre leur resservit du thé avec un sourire indulgent.

- Simple question d’expérience et de pratique, ma chérie. Il faut dire que ta sœur et toi m’avez fourni de nombreuses occasions de m’exercer, n’est-il pas vrai ?

La jeune fille rougit légèrement mais ne se laissa pas démonter. Tout au contraire, Justine se renfrogna et plongea le nez dans sa tasse.

- Je t’accorde que nous n’étions pas des anges, même si, objectivement, je crois bien qu’Anne-So est en train de battre tous les records en termes de fessées reçues !

- Allons, ma chérie, n’accable pas ta sœur comme ça, ce n’est pas gentil. D’abord elle s’était montrée plutôt sage ces dernières semaines. Ensuite je ne tiens pas de comptes, donc je ne suis pas du tout certaine que ce que tu dises soit vrai.

Sophie ébouriffa gentiment les cheveux d’Élisabeth.

- On les aime malgré tout, nos petites chipies, même s’il faut régulièrement s’occuper de leurs petits postérieurs !

La frimousse d’Élisabeth vira au rouge pivoine, au point de concurrencer un moment le popotin d’Anne-Sophie, qui avait cessé de pleurer mais qu’on entendait encore renifler de temps à autre. La vision de sa copine l’aida grandement à retenir les remarques acerbes qui lui brûlaient les lèvres. Elle ne tenait pas du tout à ce que Sophie mît aussitôt en pratique la technique de Mme Delattre. Elle se contenta d’une grimace fort comique, qui fit sourire Olivia d’un air attendri. Cela acheva de sceller l’amitié entre les deux étudiantes. Elles monopolisèrent dès lors la conversation, Olivia faisant profiter sa camarade de son expérience parisienne. Au bout d’un moment, Justine demanda et obtint la permission de sortir de table. Élisabeth commença à manifester des signes d’ennui. Myriam, qui avait l’œil à tout, s’en aperçut et se tourna vers sa fille.

- Anne-Sophie, ma chérie, tu peux te rhabiller et venir nous rejoindre.

La fillette se reculotta à la vitesse de l’éclair mais, quand il s’agit de regagner la table, elle n’avança qu’à tous petits pas et le nez piqué vers le sol. Sa Maman l’attira doucement à elle et l’embrassa sur ses deux joues.

- Allez, ma grande ! Tu as été punie, tu es pardonnée, on n’en parle plus. Sèche-moi vite ces larmes. Pourquoi n’emmènes-tu pas Élisabeth jouer avec toi dans ta chambre ?

L’enfant hocha la tête sans dire un mot. Son amie se leva et la précéda discrètement. Au pied de l’escalier, elle lui prit timidement la main. Anne-Sophie ne refusa pas ce réconfort, bien qu’elle fût encore mortifiée d’avoir reçu une fessée déculottée devant sa copine. Sophie repéra le geste du coin de l’œil et sentit une bouffée de fierté, qui la fit presque frissonner, devant la tendresse amicale de sa cadette. Elle fut saisie d’une brusque inspiration.

- Pourquoi n’emmènerions-nous pas les deux gamines se promener dimanche prochain ? J’ai une amie, Clotilde, qui sera ravie de se joindre à nous. Elle a l’habitude de surveiller les enfants et nous sera d’une aide précieuse.

- C’est une merveilleuse idée. Qu’en penses-tu Maman ?

- Tout à fait, ma chérie. Cela me permettra de m’occuper de la maison en votre absence, j’ai une foule de choses à faire. Nous pourrions vous confectionner un pique-nique.

- Eh bien, c’est d’accord. Cela nous fera du bien à toutes.

A SUIVRE

4 Réponses à “Les deux soeurs 21”

  1. Anne-Sophie dit :

    Bonjour Pierre,
    Voici une Fessée fort méritée, avec un F majuscule ! La fessée des grands jours, même…
    Magnifique épisode, qui grâce à un descriptif parfait, j’ai eu l’impression d’être dans la pièce en train de partager le thé avec ces dames et d’assister à cette fameuse fessée… J’en entendais presque le bruit résonner dans mes oreilles…
    Félicitations à l’auteur, de nous faire vivre des aussi bons moments !

    • Pierre dit :

      Bonjour Anne-Sophie,
      Merci beaucoup pour ce commentaire. Il n’y a pas de plus compliment pour un auteur que lorsque le lecteur confie qu’il avait l’impression de vivre la scène. Je suis ému au point d’avoir les joues aussi rouges que les fesses de la petite Anne-So de l’histoire ;)
      Amitiés.
      Pierre.

  2. Chloé dit :

    Bonjour Anne-Sophie et Pierre,
    Je suis d’accord avec toi, Anne-Sophie, fessée avec un F majuscule et lisant le récit, j’avais l’impression d’être à la place d’Élisabeth assistant à ta déculottée, Anne-So! J’espère que tu ne m’en voudra pas!
    En fait, c’est la faute de Pierre qui nous livre des récits de grande qualité.
    Amitiés à vous deux.
    Chloé

    • Pierre dit :

      Bonjour Chloé,
      Merci pour le compliment! J’admets que c’est en effet ma faute, mais je ne m’en repens pas ;) J’en suis au contraire très heureux.
      Amitiés.
      Pierre.

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