Dans la serre

C’était l’effervescence matinale, dans la rue du Loup. Les hommes; partant travailler; se faisaient dépasser par des ribambelles de gamins en blouse qui couraient et hurlaient à qui mieux mieux. Les mamans accompagnaient les plus petits en les tenants par la main, et s’arrêtaient fréquemment pour discuter l’une avec l’autre. La boulangère, qui avait déjà vu passer l’essentiel de sa clientèle matinale, tenait son crachoir habituel, côte à côte avec l’épicière. La plupart des autres boutiques avaient encore le rideau baissé. C’était particulièrement le cas de celle qui se situait tout en bas sur la droite, et dont l’enseigne dorée annonçait : « Mme Belorgey, fleuriste ». La porte cochère de l’immeuble qui supportait le magasin était grande ouverte. La concierge, revêtue de son sempiternel tablier gris, en balayait l’entrée, s’arrêtant pour saluer chaque occupant par son nom. Lorsqu’un galopin passa devant elle, le cartable à la main, elle se fendit d’un large sourire.

- Alors mon p’tit Antoine, comment ça va ce matin ? Je suis passée par chez toi, hier soir, et si mes oreilles ne me trompaient pas, ça avait l’air de barder. Qu’est-ce que tu avais encore trouvé pour faire enrager ta pauvre Maman ? Remarque que, vu la musique qui est ensuite passée par la porte, elle t’en a bien fait payer l’addition. C’est un bruit que je connais bien, et qui m’a fait penser qu’un certain petit garçon a probablement dû dormir sur le ventre. Pas vrai ?

La gamin rougit jusqu’à la pointe des oreilles, ne réussissant qu’à balbutier un « bonjour Mme Thery » avant de filer. Son air penaud fit rire la dame qui le suivait, son panier à provision sous le bras.

- Bonjour Mme Thery. Dîtes, le petit Antoine s’est encore fait réchauffer les miches ?  Comme disait ma pauvre Maman, ça fait circuler le sang. Le fait est qu’avec lui, il doit couler comme dans une rivière ! Je ne crois pas qu’il y ait un autre mouflet dans l’immeuble qui se fasse claquer le postérieur aussi souvent que lui.

- Il est vrai qu’il les collectionne, mais pour vous dire la vérité, je crois bien que la p’tite Blandine est à égalité avec lui, sur le sujet. Tenez, pas plus tard qu’il y a deux jours, la voilà qui passe devant ma loge. Elle revenait encore sans doute du diable vauvert. Sa mère lui est tombée dessus dans la cour, elle avait passé une heure à la chercher partout. Elle vous y a passé un de ces savons. Je suis sortie pour jeter un œil et juste à ce moment-là, elle a pris sa môme sous le bras, comme un paquet de lessive. Elle vous y a mis les fesses à l’air sur le champ et les a vite fait passer au rouge, vous pouvez m’en croire. Ça faisait un tel raffut que les gens ouvraient leurs fenêtres pour savoir ce qui se passait. Ils se gênaient pas pour bien rigoler. La mère, elle n’en avait cure. « Ramasse, ma fille », qu’elle disait, « ça, c’est pour avoir filé sans prévenir, ça pour avoir laissé ton p’tit frère tout seul, et ça pour avoir négligé ton ouvrage ». Elle vous l’a sacrément faite danser. Elle était pas fière, la petiote, quand elle a été libérée. Vous auriez pu cuire un œuf sur sa frimousse aussi facilement que sur sa p’tite lune.

- Elle l’avait pas volée, sa trempe. C’est-y des choses à faire, d’abandonner sa mère pour aller courir dans les rues ? Si j’avais fait la même chose à ma pauvre Maman, c’est à coups de verge de bouleau qu’elle m’aurait soigné le bas du dos.

- Je vous crois. Ils réalisent pas la chance qu’ils ont, les moutards, de toutes les précautions qu’on prend avec eux aujourd’hui. Tiens, bonjour ma p’tite Colette. C’est bien, tu n’es pas en retard ce matin. S’agirait pas de mettre Rachel de mauvaise humeur, n’est-ce pas ?

La jeune fille qui venait de passer la porte cochère salua timidement les deux dames avant de pénétrer dans la cour. Âgée de douze ans, elle n’en paraissait guère que dix par la taille. Ses cheveux châtains lui tombaient en nattes sur les épaules. De petites taches de rousseur ornaient un nez mutin qu’encadraient de bonnes joues, bien rebondies. La cour était occupée sur près de la moitié de sa surface par une grande verrière, qui communiquait directement à l’arrière-boutique de Mme Belorgey. Alors que la plupart de ses camarades d’école s’en étaient allées faire les arpètes dans les ateliers de la ville, Colette avait eu la chance d’obtenir un poste d’apprentie auprès de la vénérable fleuriste. Elle savourait la chance de travailler dans un si bel environnement et, en conséquence, supportait volontiers la sévère discipline que la patronne faisait régner sur son personnel, notamment par l’intermédiaire de sa première assistante, Rachel. Le moindre manquement de la part des deux ouvrières, Rose et Annie, pouvait leur valoir une amende. En ce qui concernait Colette, Mme Belorgey préconisait une autre méthode, plus adaptée à son âge, qui ne rognait pas sur un salaire déjà fort maigre. L’aurait-on interrogée, la gamine aurait répondu qu’elle n’y gagnait guère au change, d’autant que si Rachel pouvait parfois fermer les yeux sur les erreurs des deux adultes, elle ne manquait jamais de punir la moindre de ses infractions, pour la plus grande joie du reste de l’atelier.

Elle poussa la porte de verre. Rachel s’activait déjà dans la serre.

- Bonjour Colette. Dieu merci, tu n’as pas traînassé ce matin. Avec tout le travail que l’on a, ce ne serait vraiment pas le moment. Va vite t’occuper de balayer la boutique pendant que j’installe tout.

- Bonjour Rachel. Oui, j’y vais tout de suite.

Elle passa dans l’arrière-boutique, y enfila son tablier qui pendait à un porte-manteau, se saisit du balai qui lui arrivait jusqu’à l’épaule et gagna le magasin. Elle commença son ouvrage, prenant bien soin de passer dans les moindres recoins. Une semaine auparavant, la première, en inspectant son travail, avait trouvé des traces de poussière en plusieurs endroits, et elle n’était pas prête d’oublier ce qui lui était tombé dessus, pas plus que les quolibets de Rose, qui ne manquait jamais de la taquiner en pareil cas. Elle eut à peine terminé que Rachel commença ses allées et venues, disposant avec art les différents vases de présentations tout autour de la pièce. Colette partit remplir les arrosoirs à la fontaine de l’immeuble pour les alimenter, tâche dont Rachel tenait à s’occuper elle-même. Le reste de l’équipe était arrivé. Confortablement assise, Rose vérifiait sa liste de bons de commande. Plus large que haute, la matrone n’en était pas moins la reine pour confectionner de ses doigts boudinés les plus beaux bouquets de la ville. Alors que la fillette passait près d’elle après avoir déposé deux arrosoirs pleins, elle la saisit au niveau des hanches et la chatouilla vigoureusement, faisant se trémousser la moutarde qui pleurait de rire.

- Alors comment qu’elle va notre petite Colette ce matin ? On a été bien sage ? C’est-y pas encore aujourd’hui que Rachel va s’occuper de ton p’tit derrière ?

Aussitôt, les bonnes joues prirent de merveilleuses couleurs roses foncées, ce qui était exactement le but poursuivi par son aînée qui lui chuchota à l’oreille :

- C’est vrai que ça fait un petit moment que tu ne nous les as pas montrées, ces jolies petites fesses. Ça ne peut pas durer comme ça, j’ai trop envie, moi, de les voir s’étaler en plein jour. Peut-être que je devrais t’allonger sur mes genoux et te déculotter moi-même ? Mmm, qu’en dis-tu ?

- Veux-tu bien arrêter de l’enquiquiner, espèce de rosse adipeuse? Colette, ma puce, veux-tu bien m’arroser les pots qui sont à ma droite. Merci, ma chérie.

La gamine se dégagea d’un coup de rein et s’empressa de répondre à la demande de celle qui venait de se porter à sa rescousse. Aussi maigre que Rose était grosse, Annie la défendait toujours contre les asticotages de sa collègue. Elle s’occupait avec amour des pieds de bégonias et de géraniums qui s’étalaient devant elle. Colette versa avec enthousiasme le contenu de deux arrosoirs sur l’ensemble des plantes qui venait d’être examinées. Elle se rapprocha ensuite auprès de la doyenne des employées.

- Ne t’occupe pas de cette affreuse teigne, mon lapin, elle ne raconte que des bêtises. Continue à bien travailler et je t’assure qu’elle en sera pour ses frais.

- Qui est-ce que tu traites de teigne affreuse, la vieille bique ? Tiens, Moustique, va donc porter ce bouquet à cette adresse.

La fillette se saisit des fleurs et fila prestement, esquivant avec habileté la patte qui prenait déjà la direction de son popotin. Elle connaissait suffisamment ses deux collègues pour savoir qu’il ne fallait pas prêter trop d’attention aux sobriquets dont elles s’affublaient mutuellement. Aussi opposées de caractère que de physionomie, Rose et Annie n’en étaient pas moins profondément attachées l’une à l’autre. Et si la plus large adorait la plonger dans l’embarras, elle n’en était pas moins généreuse et pleine d’attention à son égard, lui ramenant fréquemment diverses sortes de sucreries qui faisaient son bonheur de gourmande, aussi l’aimait-elle beaucoup. La demeure de la cliente était relativement éloignée, ce qui n’était pas pour lui déplaire, tant elle aimait se promener dans les rues, sans personne pour surveiller sa conduite. Parvenue à l’appartement cossu, elle fut très aimablement accueillie par la maîtresse de maison qui, en plus de lui signer son reçu, lui glissa dans la main une pièce de 2 francs ! Ce fut donc le cœur plein d’allégresse qu’elle reprit le chemin de la boutique, sans se douter le moins du monde qu’elle y était fermement attendue…

Quelques minutes après son départ, Rachel avait momentanément quitté la salle vide de clients, pour procéder à une rapide inspection de la serre. A peine avait-elle commencé qu’elle poussa un grand cri.

- Mais que… ? Qui m’a noyé ces orchidées ? Venez vite m’aider, vous autres, il faut les rempoter avant qu’elles ne pourrissent.

Elles s’activèrent à replacer les plantes dans leur environnement argileux avec une humidité adéquate. Un bref coup d’œil suffit ensuite à l’assistante pour s’apercevoir que de nombreux géraniums s’étaient également vus aspergés de quantités d’eau invraisemblables. Ses lèvres se pincèrent.

- Vous m’appelez dès le moment où elle revient. Je règlerai mes comptes avec elle.

Elle rejoignit le magasin. Rose se mit à battre des mains.

- Cette fois, ça y est. Oh, comme elle va bien la montrer, sa petite lune ! Tu as vu la tête que faisait Rachel ? Elle ne la lâchera pas avant que ce soit bien rouge, un beau spectacle en perspective.

« Méchante va ! » lui lança Annie d’un ton seulement à demi-convaincu. La réplique ne se fit d’ailleurs pas attendre.

- Comme si tu étais moins impatiente que moi d’assister à ça ! Sans compter qu’elle la mérite, sa rouste. Combien de fois lui as-tu répété d’y aller doucement quand elle arrose les plantes en pot ? Tu sais bien ce que nous a dit Mme Belorgey quand elle est arrivée : « ce qui ne rentrera pas par ses oreilles, faîtes-lui rentrer par les fesses ! »

Sa collègue hocha la tête, un léger sourire se dessinant petit à petit sur ses lèvres. Tâchant peu à peu de réparer les dégâts, son inclination à la clémence s’évapora d’ailleurs comme par magie. Aussi lorsque Colette pénétra dans la serre, elle prit une attitude sévère et, tandis que Rose filait chercher leur cheffe, pointa du doigt le désastre. La gamine pâlit affreusement en découvrant l’étendue de sa bêtise. Elle sursauta d’autant plus fort quand elle se sentit prise par le bras et qu’elle découvrit, par-dessus son épaule, le visage furibond de Rachel.

- Tu contemples ta belle ouvrage ? Mais ça va se payer, tout ça, ma petite, je te le garantis et pas plus tard que maintenant !

Un petit marchepied trainait au centre de la verrière. Elle y posa sa jambe gauche et, saisissant la gosse par-dessous les aisselles, la déposa sur sa cuisse, les quatre membres battant dans le vide. Elle releva le bas de la robe, puis le jupon, dévoilant un petit pantalon fermé dont elle attaqua aussitôt la coulisse. Le vêtement dégringola jusqu’aux genoux. Ne restait comme ultime rempart que le bas de la chemise, qui fut promptement soulevée. Rose rayonnait.

- Oh le mignon p’tit joufflu ! T’avais-je pas dit, gamine, que tu ne le garderais plus longtemps caché ? Hihi ! Comme on le voit bien à présent.

- Pour ça, il est bien rebondi, Rose, mais pour ma part, je trouve qu’il n’est pas à la bonne couleur. On va rectifier ça !

Et, levant haut sa main tendue, elle la fit retomber en rafales sur les pauvres petites fesses de Colette, d’abord au centre, puis à gauche, puis à droite. Pas une parcelle de chair n’échappait à la dextre correctrice. La gamine s’était cabrée, agitant désespérément son bras droit sans parvenir toutefois à le placer en opposition, de sorte que pas une claque ne ratait la jolie cible. Les petites rondeurs commencèrent à se teinter de rose. Rachel ralentit alors légèrement le rythme tout en augmentant la force de l’impact. Sentant son postérieur la brûler intensément, la môme se mit à la supplier.

- Ouille ! Rachel, je vous en supplie, pas si fort. Aïe ! Oh, comme ça me cuit. Arrêtez s’il-vous-plaît. Ouille ! Je le ferai plus. Je ferai plus attention. Je promets !! Aïe !

- Des promesses. Toujours des promesses ! Ce n’est pas avec ça que tu soigneras ces pauvres fleurs sur lesquelles tu as vidé tes arrosoirs, méchante gamine. Tiens ! Tout ça parce que tu veux finir avant d’avoir commencé. Tiens, en voilà une autre ! Je t’apprendrai moi, à me faire le travail n’importe comment. Des orchidées de quinze francs ! Mais ton petit derrière va le payer, crois-moi. Alors comme ça, ça te cuit ? Attrape-moi ça ! Je vais le faire danser, tu vas voir. Rose va pouvoir se régaler. Annie aussi, d’ailleurs.

Clac ! Clac ! Clac ! Clac ! Clac !

Attirée par le vacarme, Mme Thery quitta sa loge pour passer dans la cour. Par les vitres elle découvrit, la main devant sa bouche, la petite Colette en travers sur la cuisse de la fleuriste, son adorable mappemonde bien dégagée et virant déjà au magenta. « Il n’y a pas à dire, Mademoiselle Rachel sait y faire pour flanquer la fessée cul nu aux morveuses » pensa-t-elle, toute heureuse d’assister au spectacle. Comme pour lui donner raison, les claquées repartirent en accéléré ; les gémissements et les supplications de la petite apprentie se muèrent en un long hululement. Ses petites jambes luttaient férocement contre le pantalon qui les retenait prisonnières. Elle tortillait des hanches sous chaque impact, la petite croupe suivant le mouvement. « Quelle rouste ! Elle ne vas pas tarder à en avoir le popotin tout fumant, la petiote ». De fait, les deux belles petites collines tournaient à l’écarlate, particulièrement en leurs sommets, sous la dextre infatigable qui les fustigeait. Enfin, alors que la fillette avait renoncé à ses gesticulations, se contentant désormais de sangloter à grands bruits, la correction cessa et elle fut reposée sur ses pieds. Elle n’eut pas le temps d’esquisser un geste en direction de son bas du dos rôti, que Rachel la saisit par l’oreille pour la conduire en pénitence, les mains sur la tête, ses vêtements coincés autour de sa taille, ses petites fesses bien en vues de n’importe qui passant par la cour. Mme Thery pénétra dans la serre. Rose se précipita aussitôt vers elle.

- Vous avez vu, Mme Thery, la bonne fessée qu’a reçue notre petite Colette ! Regardez-moi ça : est-il pas charmant ce p’tit cucul, tout nu, tout rouge ? Pour vous dire la vérité, j’ai la mimine qui me démange d’y flanquer une deuxième tournée.

La concierge admira de plus près, en connaisseur.

- Je suis bien d’accord avec vous, ma bonne Rose, elles sont adorables, ces petites fesses, et cuites jusque ce qu’il faut. Je serais vous, j’irai la mettre en pénitence dans la boutique, elles mettraient bien en valeur vos plus jolies fleurs.

- C’est une bonne idée, Mme Thery, et je pourrais bien la suivre.

Toutes se retournèrent vers celle qui venait de proférer ces paroles. Debout sur le seuil, vêtue avec un luxe discret, Mme Belorgey contemplait la scène. A la vue de sa patronne, Colette redoubla ses pleurs, toute à la peur qu’elle ne mette sa menace à exécution.

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