Les deux soeurs 20

Lorsque la jeune fille pénétra dans la salle à manger, elle remarqua aussitôt le silence des deux enfants. Anne-Sophie affichait toujours un air renfrogné et Élisabeth lui parut triste. Cela ne lui dit rien qui vaille.

- Il s’est passé quelque chose ? J’espère qu’Élisabeth ne vous a pas causé de souci ?

- Non, ma chère Sophie, rassurez-vous, votre petite sœur a été très mignonne. Mais Anne-Sophie a encore fait des siennes pendant notre sortie aux Jardins des Plantes et j’ai été obligée d’intervenir. Maintenant, elle boude, alors même que je me suis montrée particulièrement indulgente avec elle. Tu ferais bien d’arrêter de faire ta mauvaise tête, ma petite fille, c’est très impoli et tu sais très bien ce qui arrive aux fillettes qui se conduisent comme des mal-élevées. Ne crois pas que j’hésiterais une seconde à claquer tes petites fesses sous prétexte que nous avons des invitées.

Un éclair de défi passa subitement dans les yeux de la gamine mais elle parvint à se contrôler pour adresser un sourire timide à Sophie. La jeune femme se sentit fondre devant ce joli minois et l’embrassa.

- Allez ma grande, sois gentille et obéis à ta maman, que nous puissions prendre un bon goûter tous ensemble.

Ravie d’avoir gagné l’affection de la grande sœur de sa copine, l’enfant s’installa à côté d’elle, ce qui avait également l’avantage de l’éloigner de sa Maman et de ses menaces. Olivia les rejoignit et Mme Delattre fit les présentations. Les deux étudiantes se plurent immédiatement et commencèrent à bavarder tandis que les deux fillettes se chuchotaient leurs histoires à l’oreille. Myriam apporta le thé et les gâteaux puis se tourna vers son aînée.

- Où est passée ta sœur ?

Olivia soupira avec exaspération.

- Encore au téléphone, bien sûr. Voilà une heure que j’essaye d’apprendre mon droit constitutionnel avec son caquetage pour fond sonore.

Leur mère se dirigea aussitôt vers l’escalier et appela d’une voix forte.

- Justine, tu as dix secondes pour descendre à la salle à manger avant que je ne vienne te chercher. Crois-moi, il vaut mieux pour toi que je n’ai pas à monter.

On entendit rapidement le bruit des marches qui craquaient et les échos d’un grommèlement. Mme Delattre n’arrêta pas là sa réprimande.

- Franchement, ma fille, tu deviens de plus en plus insupportable ces temps-ci. Combien de fois t’ai-je dit que je ne voulais pas que tu restes pendue au téléphone pendant des heures ? J’espère au moins que tu as fini tes devoirs. Je vérifierai cela toute à l’heure et si tout n’est pas fait, cela va barder !

Tournant le dos, elle ne remarqua pas l’adolescente qui levait les yeux au ciel. Olivia secoua la tête en signe de désapprobation mais ne la dénonça pas. Sophie observait tout cela avec un rictus ironique. Elle tendit sa tasse à Myriam qui faisait le service.

- Je tiens à vous remercier encore une fois, Mme Delattre, d’avoir reçu Élisabeth aujourd’hui. C’était vraiment très gentil de votre part, vous qui avez tant à faire avec vos trois filles.

- C’était un plaisir, Sophie, je vous assure, votre Élisabeth est admirablement bien élevée. J’aimerais pouvoir en dire autant de mes deux plus jeunes, mais elles ont apparemment décidé de me faire tourner en bourrique.

Justine la fusilla du regard tandis qu’Anne-Sophie plongeait le nez dans son assiette. Élisabeth s’était rengorgée en entendant le compliment mais cela ne dura guère.

- Oh, je vous rassure, ma chère sœurette est parfaitement capable de se transformer en petit démon. Mais nous avons eu une explication il y a très peu de temps et elle n’avait sans doute pas envie de renouveler l’expérience aussi vite.

- Vraiment ? Je n’aurais pas cru cela à la voir aujourd’hui, si gentille et si obéissante.

- Et pourtant, pas plus tard que Dimanche dernier, elle m’a laissé la salle de bain dans un état lamentable et lorsque je lui ai demandé de ranger tout son bazar, elle n’a rien trouvé de mieux que de me répondre avec insolence. J’ai dû sévir.

En entendant ces paroles, l’intéressée sentit son cœur se mettre à battre plus vite. Elle se hâta d’intervenir.

- Sophie, s’il-te-plait, tu ne vas pas raconter…

- Et pourquoi non, Gamine ? Tu crois que je n’ai pas remarqué comment tu faisais la fière, quand Myriam grondait ses deux filles ? Il est donc juste qu’elles sachent qu’il t’arrive d’être insupportable et que, comme Anne-Sophie, tu reçois en conséquence des bonnes fessées.

- C’est ce qui s’est passé Dimanche dernier, vous lui avez donné une fessée ?

- Bien entendu, je ne tolère absolument pas la désobéissance et l’insolence, Élisabeth le sait très bien. Je n’ai donc pas hésité une seconde, je l’ai couchée sur mes genoux, lui ai baissé son pantalon de pyjama et sa petite lune a payé le prix pour son comportement. Je vous promets qu’elle était bien rouge.

De la même couleur se retrouva la frimousse d’Élisabeth, qui baissa les yeux sous les regards à la fois sarcastiques et compatissants de Justine et Olivia. Le sang lui brûlait les tempes tandis que s’élevait la voix amusée de Mme Delattre.

- Je comprends mieux pourquoi tu t’es montrée si sage, ma petite Élisabeth, mais ce n’est pas la peine de prendre un air si désolé. Je t’assure que si Anne-Sophie m’avait fait un coup comme celui-là, j’aurais fait exactement la même chose. Mais voilà déjà presque trois semaines que je ne me suis pas sérieusement occupée du derrière de Mademoiselle, et c’est sans doute la raison pour laquelle elle commence doucement à filer un mauvais coton.

- Vous me rassurez, j’avais peur que vous ne trouviez trop sévère.

- Bien sûr que non ! A leur âge, il n’y a rien de plus efficace que de bonnes claques sur leurs petits popotins pour leur apprendre les bonnes manières. Je ne supporte pas plus que vous la rébellion ou le fait qu’on me réponde n’importe comment. Je faisais allusion à la dernière fois: j’avais déjà appelé ma petite fille deux fois pour qu’elle vienne faire ses devoirs. Je ne savais pas où donner de la tête ce soir-là et la dernière chose dont j’avais besoin, c’est qu’on m’oblige à répéter les choses. Mais la petite chérie préférait continuer à jouer avec ses poupées. Je finis quand même par monter dans sa chambre et je lui demande « mais tu ne m’entends pas quand je t’appelle ? » Vous savez ce qu’elle ose me répondre ? « Bien sûr que si, Maman, regarde, j’ai des oreilles ! »

Sophie éclata de rire. Élisabeth ne put se retenir de pouffer dans ses mains. Anne-Sophie leva sur sa mère un œil noir comme le charbon mais celle-ci n’en poursuivit pas moins, le sourire aux lèvres.

- Quelle imagination ont ces petites chipies quand il s’agit de nous envoyer sur les roses, n’est-ce pas ? Je m’en amuse maintenant mais je vous assure que, sur le moment, je n’avais pas du tout envie de rire. J’ai pris l’impertinente sous mon bras et je l’ai portée jusqu’au salon. Là, je l’ai déculottée et lui ai mis une sacrée correction. Ses devoirs, elle les a faits assise sur un petit séant bien brûlant.

Enragée par la gaité qui régnait autour de la table à l’écoute de cette histoire, Anne-Sophie ne put plus se retenir.

- Mais enfin, Maman, arrête !

- Dis donc, Anne-Sophie, qui est-ce qui donne les ordres dans cette maison ? Tu ne prétends quand même pas demander à ta mère de se taire ?

- Mais ça ne les regarde pas, ces grandes péronnelles, c’est vrai, zut à la fin !

Il y eut soudain un grand silence et la fillette sut immédiatement qu’elle avait dépassé les bornes. Sa Maman quitta son siège, sans perdre son calme, et se dirigea vers elle.

- Cette fois, tu as gagné, ma petite fille. Non seulement tu te montres très insolente envers moi mais en plus tu insultes tes sœurs et notre invitée. Viens un peu par ici, on va régler nos comptes.

Joignant le geste à la parole, elle saisit sa benjamine par l’oreille et la força à se lever. Poussant un petit gémissement, la gamine se mit à la supplier.

- Non, M’man, nooon ! Je regrette. Je fais des excuses.

- Il est un peu tard pour ça, ma chérie. Tes excuses, tu les feras correctement une fois que tu auras reçu la fessée que tu mérites, et tout de suite.

Elle écarta sa chaise de la table, y prit place puis coucha l’impertinente sur ses genoux. Le bas de la robe vola au-dessus de la taille puis Mme Delattre se saisit de l’élastique de la culotte.

- Oh non ! M’man, pas déculottée, s’il-te-plait, pas devant Élisabeth !

Peine perdue, le sous-vêtement avait déjà rejoint le creux des genoux, laissant sans protection les adorables rondeurs toutes blanches. Élisabeth poussa une exclamation. Sophie observait la scène, très intéressée.

- Bien sûr que si, ma chérie, c’est tout ce que méritent les petites filles mal élevées, une bonne fessée déculottée et la présence de ta copine ne change rien, tu devrais le savoir depuis le temps. De toute façon, je ne serais pas surprise que Mme Gardent soit obligée de t’en flanquer au moins une d’ici la fin de l’année alors ce n’est sûrement pas la dernière fois qu’Élisabeth verra tes petites fesses rougir.

Elle prit bien soin de positionner la fillette, de façon à ce que son petit joufflu soit parfaitement exposé aux claques, puis leva la main.

A SUIVRE

7 Réponses à “Les deux soeurs 20”

  1. Chloé dit :

    Bonjour Pierre,
    J’adore l’épisode, d’autant que tu y mets quelques unes de mes références, les deux gamines mortifiées à l’évocation de leurs déboires respectifs et Anne-Sophie comme toute fillette vexée, qui en rajoute. Alors qu’elle est déjà sur la corde raide, depuis la ballade au jardin des plantes, très mauvais!
    Je note également la réaction sournoise de Justine, seulement remarquée par son aînée qui garde le silence, autre point commun.
    Mais c’est sublime, continue dans cette voie! Que du bonheur!!!!!
    Amitiés
    Chloé

    • Pierre dit :

      Bonjour Chloé,
      Merci beaucoup pour ce commentaire si gentil. Je suis très heureux que ce récit t’ait plu.
      J’imagine en effet que tu ne dénonçais pas Stéphanie quand d’aventure elle défiait votre Maman dans son dos, peut-être même rigolais-tu sous cape? ;) De même, je ne vois pas Nolwen dénoncer Manon ou Gaëlle.
      D’autre part, il est probable que ta Maman ne devait pas faire mystère de vos frasques et de leurs conséquences à son entourage, au grand embarras de ses deux choupinettes, qui devaient être bien mignonnes avec leurs petites frimousses couleur écrevisse.
      Amitiés.
      Pierre.

      • Chloé dit :

        Bonsoir Pierre,
        En effet je ne dénonçais pas Stéphanie, comme elle à l’inverse, même si nous rigolions sous cape! Et il en est de même pour mes filles.
        Ceci dit les Mamans ne sont pas dupes.
        Oui, Maman ne faisait aucun mystère de nos bêtises et de leurs conséquences pour nos fesses, ce qui comme tu l’as bien compris faisait ressembler nos visages à des tomates mûres.
        Amitiés
        Chloé

        • Pierre dit :

          Bonsoir Chloé,
          Oui, les Mamans ont toujours un sixième sens pour deviner les entourloupes et je pense que, plus d’une fois, une demoiselle qui se croyait bien maligne de faire la grimace à Maman derrière son dos, a fini avec des fesses bien rouges.
          Aujourd’hui il est sans doute bien plus difficile de parler aussi librement qu’à l’époque de ta Maman des déboires fessiers des enfants, vu l’hystérie de certaines personnes sur le sujet. Cependant, je suis bien persuadé que dans ton coin de Bretagne, tu dois encore avoir un cercle assez large pour vous raconter les frasques de vos gamins, et qu’alors, comme auparavant Stéphanie et Chloé, tes trois choupinettes ne doivent pas se sentir très fières.
          Amitiés.
          Pierre.

  2. Chloé dit :

    Bonjour Pierre,
    Pardonne-moi, j’ai omis de répondre à ce commentaire.
    Oui, je confirme les Mamans ont comme un sixième sens pour débusquer les frasques des mouflets et comme tu le dit si bien, Stéphanie ou moi avons souvent fini, des journées avec des fesses bien rôties. Tout comme nos gamins, aujourd’hui.
    Pour la liberté d’expression, il est vrai que notre bourgade Bretonne ne ressent pas trop cette idiotie de l’enfant roi, à qui tout est permis. Mis à part, quelques nouveaux arrivants qui pour ceux qui sont intelligents, se rendent compte du bien fondé de l’éducation d’avant!!!!!
    Amitiés
    Chloé

  3. Anne-Sophie dit :

    Bonjour à tous,
    Magnifique récit Pierre, sur ces malheureux déboires de l’enfance !
    Quel instant vexatoire pour ces 2 petites filles, que d’entendre tour à tour, Relater leurs déconvenues…
    Le caractère impulsif de mon homonyme va lui valoir une correction fort honteuse devant les invités…
    Et c’est d’ailleurs bien là, l’apanage d’une bonne fessée… La honte et la douleur…
    Cela me ramène bien des années en arrière, car je me suis retrouvé dans ce genre de situations, où entendre ma Maman narrer mes déboires fessiers me faisait rougir de la racine des cheveux aux orteils ! Et que dire d’une fessée donnée en public… J’en ai des frissons rien que d’y repenser !
    Mille mercis Pierre, de cet instant plein de nostalgie…

    • Chloé dit :

      Bonjour Anne-Sophie,
      Je ne sais pas quoi ajouter, à ton merveilleux commentaire, si ce n’est que ma sœurette et moi, en partageons les propos. Ayant vécu ces situations désagréables et ceci sans compter, les déculottée publique qui ne nous ont pas été épargnées.
      Merci à toi, Anne-Sophie. Oups…je t’ai encore tutoyé. Désolée.
      Amitiés
      Chloé

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